En fait… les gens s’en foutent.

Une des pires choses pour se gâcher la vie, c’est faire attention à l’opinion des autres, réelle ou supposée (oui, notez bien l’italique, il a son importance).
J’étais (je le mets au passé, comme ça, ça m’encourage à en finir avec) la reine de la prise de chou vis à vis de réactions négatives que je supposais de la part des autres. Que j’anticipais, que j’attendais, que j’appréhendais. Il m’a fallu des années (on pourrait dire 32, mais ça ne serait pas vrai, quand même, vu que je me suis penchée sur la question après 25 ans) pour réaliser que l’immense majorité des peurs sociales que j’avais était IN-FON-DÉE.
Imaginaire, quoi.
Oui, oui, vous avez bien entendu.

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Et vous savez quoi ? C’est pareil pour vous.
Ou alors vous persistez dans des relations avec des gens qui sont toxiques pour vous (ça arrive), et alors il faut arrêter très très vite et leur dire « au revoir, merci(pasmerci) ».

La réalité, c’est qu’on surévalue largement le qu’en-dira-t-on. Et c’est normal ! Dans l’enfance, quand notre cerveau est malléable et qu’on se bâtit ce qui va être les fondements de notre vie, on enregistre sans filtre absolument tout ce qu’on vit. Et quand quelque chose est désagréable, on lui met une grosse étiquette rouge bien clignotante qui dit « DANGER », et on se met en vigilance par rapport à tout ce qui y ressemble de près ou de loin. Pour se protéger. Ce qui fait qu’on VOIT le danger à maints endroits… où il n’y en a pas.


Je fais ça, vous faites ça, nous faisons ça, tout le monde fait ça. C’est NORMAL. Mais ce n’est pas « bon ». La chance qu’on a d’être adultes (ou des adolescents très éveillés), c’est qu’on peut corriger et dé-câbler ces chemins neuraux qu’on  patiemment créés à la petite école, et qui nous font sursauter et suer à tout bout de champ. Oui, en CE1, Émilie (qui était vraiment une affreuse peste !) nous a mis la honte devant tout le monde parce qu’on est venu en classe avec un pull Zorro. Un pull de garçon. Oui, c’était vraiment pas cool de se faire appeler Zorro pendant tout le CE1. Mais c’est fini, maintenant. C’est du PASSÉ. Et c’est vraiment ballot que ça nous influence encore aujourd’hui et qu’on se refuse à mettre nos vêtements préférés quand on sort parce qu’on a peur que nos amis nous regardent bizarrement : c’est nos amis, par les saintes culottes de Mc Gregor, s’ils nous jugent, il est temps d’en changer, nom d’un chien !

C’est donc le moment de faire du passé table rase. Parce que sinon, à cause de ce chemin neural, vous allez voir du jugement là où il n’y en a pas, et vous allez avoir l’impression que le Destin s’acharne sur vous (TIN TIN TINNNNNN !). Ou la poisse. Ou « ça m’arrive tout le temps ».
Comme dirait Sarah Connor dans Terminator, « il n’y a pas de destin, mais ce que nous faisons ».

Écoutez Sarah Connor, elle vous le dit : y a pas de destin.

Sauf que… les chemins neuraux, pour qu’ils se dissolvent, il faut arrêter de les alimenter. Donc il faut se déconditionner de ce qu’on a toujours pris pour du jugement chez les autres. Ce qui demande de faire attention et d’accepter d’adopter un nouveau point de vue, et ce n’est pas toujours facile (true story). Donc, pour vous aider (et pour m’aider aussi, pendant qu’on y est), j’ai décidé de lancer cette page, qui est une collection de témoignages du quotidiens de vrais gens de la vraie vie qui nous racontent des situations qu’ils ont vécues où, en vrai, LES GENS S’EN FOUTENT.
Tadaaaaaa !
Des fois, c’est eux qui s’en foutent, des fois ils se sont retrouvés avec des gens qui s’en sont foutu, et ils nous le racontent. <3
Donc, commençons avec l’hymne de notre nouveau hashtag #lesgenssenfoutent : la magnifique chanson de Mr Yéyé, la très glorieuse On s’en Bat les Couilles.

Pour vous faciliter la tecture des anecdotes au fil des jours, je vous ai fait un petit sommaire cliquable, je suis pas trop sympa, comme nana ?

I Pas de soutif, pas de problème

II Tu n’as pas à faire assez bien


Pas de soutif, pas de problème

Ma première anecdote se passe dans le cadre d’un célèbre stage d’arts martiaux historiques européens (de l’escrime ancienne, quoi, pour ceusses qui ne connaissent pas) à Dijon, dans une chambre d’hôtel de quatre personnes, à la fin d’une journée bien remplie de six heures de sport, de coups d’épée dans la tronche, de bleus et de grand gaillards solidement bâtis. Les protagonistes de cet épisode sont moi et mes trois collègues de chambrée, qui sont aussi mes camarades de club d’escrime au long de l’année. Trois messieurs de 23 à 27 ans, tous portant la barbe et amateurs de musique métal, et avec un coeur gros comme ça. Nous sommes « la chambre spa » car trois d’entre nous savent faire des massages, et notre réputation s’est répandue chez les autres membres du club, qui logent dans le même hôtel, parce que se faire masser le dos quand on est tout endolori, c’est bien.
Arrive donc notre amie Esther, qui compte bien en profiter après sa dure journée, et qui vient réclamer son dû. Elle demande si elle peut avoir un massage « là tout de suite », l’un des trois messieurs lui répond oui. Et là, elle a une microseconde de pause. Je dis bien de pause, pas d’hésitation. C’est parce qu’Esther ne porte plus de soutien-gorge du tout depuis quelques mois, et de ce fait, elle n’en a pas à ce moment. Eh bien… elle quitte sa chemise, s’installe sur le lit, et là… il ne s’est strictement rien passé. Personne n’a ne serait-ce que levé le sourcil ou interrompu son activité. Le masseur auto-désigné a empoigné l’huile à l’arnica, a massé Esther… ET C’EST TOUT.
Petit bonus : Esther ne s’épile plus les aisselles non plus. Elle avait donc ses poils au moment des faits. Et à votre avis, ça a inspiré quoi à nos trois messieurs ? Ben… absolument rien (même pas de lever le nez de leur tablette ou de leur carnet de notes). Moi, ça m’a inspiré une admiration sans borne « Waaaaaah, mais cette fille est une déesse ! Quelle audace, quelles tripes ! »
Note : moi, j’avais gardé mon soutif pour me faire masser, et je n’aurais pas du tout osé l’enlever devant mes camarades, pensant qu’ils allaient s’imaginer quelque chose, comme du sans-gêne, ou une tentative de séduction. Tintin ! Rien-du-tout ! Esther l’a prouvé !
Plus tard, j’en ai parlé à l’un des trois locataires de la chambre, et il m’a positivement ri au nez. Il a pris un air effarouché et m’a dit, en feignant de fuir « Oh mon Dieu, tu es une femme et tu as un corps ! »
Moralité : les gens s’en foutent.

« Tu n’as pas à faire « assez bien », c’est pas un show »

Ma deuxième anecdote (qu’est-ce que ça sera quand on en sera à la 422ième ?) a pour protagonistes mon ami Johannes (il a demandé expressément à être appelé comme ça. Cherchez à « Lichtenauer » dans Wikipédia, vous comprendrez pourquoi) et moi-même, un samedi après-midi de mai que nous avions décidé de passer ensemble.
Johannes et moi nous connaissons depuis quelques huit ans, ce qui fait beaucoup. Mais jusque là, nous n’avions jamais passé de moment seul à seule, seulement en groupe. Et comme d’habitude dans ce genre de circonstance, je voulais « faire bonne impression » (vous êtes autorisés à lever les yeux au ciel). Je compilais dans ma tête les sujets de conversations possible pour éviter les « silences embarrassants » quand Johannes est arrivé à notre point de rendez-vous. Nous avons été nous acheter un pique-nique chez Aki, et nous sommes partis nous installer sur un banc, dans un parc proche. Nous avons mangé en conversant (enfin, surtout moi, Johannes étant plutôt du type calme et silencieux), et plus le temps passait, plus la conversation se faisait clairsemée, ce qui a allumé au rouge tous mes voyants de « alerte, il est forcément en train de s’ennuyer, la situation t’échappe, fais quelque chose ». Sauf que je ne voyais pas quoi faire ! Mon ami semblait ne pas ressentir le besoin de parler, « on était bien » (enfin, j’étais franchement nerveuse, mais il semblait aussi calme que d’habitude), le soleil brillait, les pigeons voltigeaient et les enfants du parc se couraient après… Et nous sommes restés facilement deux heures sur ce banc, en parlant très très peu, et en faisant, en substance… Rien. Quand je suis rentrée chez moi, c’était avec la sensation d’avoir vécu quelque chose d’extrêmement bizarre et d’avoir probablement « foiré un truc ». Comment un ami pouvait-il passer un après-midi avec moi à faire… RIEN, sans trouver ça totalement nul et sans intérêt ?
La question m’a tellement travaillée que, au bout d’une semaine, j’ai craqué et je lui ai fait un mail pour lui demander franchement si l’après-midi lui avait déplu. Sa réponse m’a scotchée. Je vous la cite  en intégralité tellement elle m’a fait du bien.
« Tu n’as pas à faire « assez bien », c’est pas un show ou une performance culinaire.
Mais pour répondre à ta question non je ne me suis pas ennuyé.
C’est juste que mon niveau d’énergie n’a fait que décroître à cause de la bonne grosse insolation que je me suis chopé, d’où ma léthargie en milieu d’après midi je pense. Donc j’étais à la fois bien d’être avec toi mais pas bien car sonné et cramé. Faire du rien c’est un peu à l’encontre de mon mode habituel aussi mais de temps en temps ça fait du bien je trouve. »
Johannes, en effet, n’a pas l’habitude de se mettre longtemps à la lumière, et, en plus d’un joli coup de soleil sur la moitié de son visage, il avait pris une légère insolation. ^_^ Une partie de son silence venait de là… et n’avait aucun rapport avec de l’ennui.
Moralité : il n’y a pas besoin d’être intéressant, ou extraordinaire ou de « faire des choses », parfois, les gens s’en foutent.