Vulnérabilité

Ces derniers temps, j’ai beaucoup parlé de vulnérabilité avec les gens autour de moi. Avec Ursine, ma photographe (qui vient de donner à Rayonne toute une série de photos d’illustration !), autour d’un thé, avec des amis escrimeurs dans un Transilien qui nous ramenait à St Lazare, avec mon super-compagnon-magique…

Moi quand je manque de vulnérabilité

Moi quand je manque de vulnérabilité

J’ai découvert récemment que, malgré ma grande facilité à parler de choses intimes, je n’étais pas du tout à l’aise avec la vulnérabilité. Que je filtrais mes mots, que j’essayais depuis toute petite de lisser mon image (autant vouloir lisser l’Himalaya), que même avec des personnes avec qui je me sens bien, je n’étais pas moi-même.
Qu’en fait, j’ignorais totalement qui c’était, « moi-même ».

PAF !
Heureusement, la vie est bien faite : le sens de ce genre de gros choc n’est pas de nous déstabiliser et de nous faire douter, mais bien le contraire : de nous reconnecter à notre vérité, afin d’être plus nous-même.
C’est ce qui s’est passé pour moi ces derniers jours.

Toutes les réponses sur nos blessures ne se trouvent pas dans notre passé. Je ne suis pas d’accord avec les théories qui disent que notre enfance détient la clé de tous nos traumas d’adulte. Je suis certaine qu’ils ont un impact, et que nos souvenirs pèsent souvent le poids d’un fardeau. Mais il est évident pour moi que j’avais, depuis toute petite un caractère « propice » à recevoir des blessures dans le sens de la vulnérabilité.

J’ai eu de la violence scolaire, pendant longtemps. Des insultes, des chewing-gums collés dans mes cheveux, un crachat, une fois. Beaucoup de fois où on m’interdisait de prendre un siège dans le bus scolaire. Ce que j’ai retenu de cette époque, c’est que j’étais « bizarre ».
Habillée bizarrement, je m’exprimais bizarrement (j’ai toujours eu un vocabulaire hyper développé pour quelqu’un de mon âge, il a fallu que j’arrive en terminale pour trouver des gens « comme moi ») et j’aimais des choses qui n’intéressaient pas les autres.
Très vite, j’ai appris que je n’étais pas « comme il faut », et j’ai d’abord totalement essayé de me changer. Je me suis maquillée, j’ai écouté de la musique (de merde, il faut bien le dire), je me suis intéressée aux garçons (…bâille)… et je suis progressivement devenue très, très TRÈS malheureuse.

J’ai réalisé cela, en réfléchissant ces derniers jours : ce qui associe la vulnérabilité à de la crainte (donc de la douleur), c’est que nous considérons que ce sont les autres qui définissent ce qui est « normal » et ce qui est « valable ». Si je ne m’étais pas sentie anormale et dévalorisée, je n’aurais pas essayé de changer.
Mais… pourquoi ai-je écouté ce que disaient les autres, « l’extérieur » ? Parce que j’avais déjà en moi, comme un implant, l’idée que c’est « l’extérieur » qui sait ce qui est normal et valable. Toutes les catastrophes découlent de là.

La vérité, c’est que la « normalité » n’existe pas. Même si les gens sont lisses en homogènes en apparence, tout ça n’est qu’un mince vernis de surface, qui, dès qu’on l’érafle, révèle autre chose : des peurs, dont on ne parle pas, des désirs, dont on parle peut-être encore moins, de la confusion, un grain de folie, des couleurs…

Mieux : la normalité n’est pas pertinente, et elle n’est pas valable, parce qu’elle est figée. Elle est définie par rapport à un certain nombre d’étalons rigides (la culture, les médias, notre famille, notre milieu social)  qui ne correspondent jamais à la finesse et à l’infinité des situations qui se présentent à nous dans la vie. Un ami se met à pleurer en public, que faire ?
Si je me réfère à la « normalité », est-ce que je lui fais un câlin ou est-ce que je m’éloigne pudiquement pour le laisser seul ? Ces deux solutions sont purement théoriques, il en existe une infinité d’autres, qui sont largement plus connectées à notre coeur, notre vérité intérieure… et celle de l’ami qui est en train de pleurer ! On peut lui demander ce dont il a besoin ! On peut se fier à son intuition ! On peut… tout.

Personne d’extérieur ne peut décider à notre place ce qui est valable dans une situation donnée, parce que « l’extérieur » ne sait rien de nous. De nos aspirations, de nos besoins, de notre créativité, de l’énergie entre nous et les autres. Le « normal » et le « valable » n’existent pas en soi, il n’existe que le « ad hoc », ce qui est « juste » sur le moment.
Cette façon de voir les choses nous rend souple, et nous reconnecte à nous-même et aux autres par le biais de la vulnérabilité : nous sommes tout le temps nous-même, nous ne réagissons plus aux choses en fonction de notre « armure » sociale et culturelle, mais en fonction de ce qui nous paraît « juste ».
Quand j’utilise le mot « juste », je ne parle pas de la justice morale, qui elle aussi est rigide, et culturelle. Je parle de la justesse musicale. Une note qui sonne bien. Des mots qui sonnent justes, parce qu’ils sont vrais. On se laisse toucher, on accepte la réaction de l’autre, quelle qu’elle soit, plutôt que de chercher à la prédire et à s’en protéger.

Notre peur d’être vulnérable vient tout simplement de notre peur d’être rejetés, et d’être montrés du doigt comme bizarres, malpolis ou grossiers. Ces idées appartiennent au référentiel des autres, elles ne nous reflètent pas.
Comme m’a dit Anouck, de Talented Girls « si quelqu’un d’influent décidait que la tenue correcte pour les rendez-vous professionnels, c’est le jogging, tout le monde mettrait un jogging ». La réception de notre message dépend en majeure partie, non pas de son contenu, mais de notre aplomb, qui découle du fait que ce qu’on dit est « vrai pour nous », du fait que l’on est en parfait accord avec ce qu’on dit. Les autres se mettent au diapason d’une note juste, même si elle est surprenante, même si elle sort de nulle part. Comment vous croyez que des artistes comme Stromae ou Lady Gaga ont conquis leur public ? En ayant de l’aplomb, en étant complètement eux-mêmes ! Une robe en viande, ce n’est pas si choquant, quand c’est totalement assumé.

Confiance...

Confiance…

J’ai fait mes plus belles rencontres par la vulnérabilité. Mon meilleur ami l’est devenu suite à une soirée où je lui ai pleuré dessus (littéralement). Ma meilleure amie et moi, nous nous sommes liées en nous faisant des cadeaux alors que nous étions de parfaites inconnues, réunies seulement par une passion commune. Rien n’aurait été possible si nous n’avions pas pris le risque de dévoiler nos richesses ! La vulnérabilité est la porte de la confiance : tant qu’on cherche à se protéger de ce qui pourrait mal tourner, on est en train de refuser de faire confiance à la vie, donc de se mettre dans une énergie susceptible de nous attirer du positif. C’est la loi de l’attraction : si vous êtes sur la défensive, vous bloquez les bienfaits et vous attirez de l’animosité.

Alors rappelez-vous : vous ne prenez aucun risque à être vulnérable avec les autres. Leurs opinions reflètent qui ILS sont, pas qui VOUS êtes !