Les secrets pas du tout secrets de la longévité du couple

Il y a quelques semaines, je fêtais mes 17 ans de couple avec mon compagnon. J’étais au lycée quand nous avons choisi d’être ensemble. Rien n’a été « tout simple » et le chemin n’a pas été un long fleuve tranquille. Mais cette relation est clairement un succès et m’apporte du bonheur tous les jours.

Une amie m’a demandé ce jour-là d’écrire un article sur les secrets de la longévité du couple, sujet qui m’a beaucoup enthousiasmé, car pour moi ils sont tout simples. Voici donc, les secrets pas du tout secrets.

Éviter « l’erreur de casting »

C’est tout bête, mais beaucoup de gens se connaissent très peu quand ils commencent à sortir ensemble, ils se découvrent dans le couple et sont très déçus quand ils voient que la personne à laquelle ils s’attachent n’est pas forcément compatible avec eux, et que ses attraits ne vont pas pouvoir suffire  les garder ensemble. Il est essentiel de se poser, dès le départ, un certain nombre de questions l’un à l’autre, pour voir si nous partageons la même vision sur ce qui est primordial. Un.e polyamoureux.se ne va pas pouvoir s’épanouir au contact d’une personne qui veut son exclusivité. Un.e amoureux.se de la campagne risque de s’étioler s’il.elle vit en ville pour être avec sa.son compagn.e.on. Une personne qui veut absolument avoir des enfants ne pourra pas en avoir avec une qui n’en veut absolument pas.

J’ai constaté avec mon compagnon que nous aimions des choses différentes sur beaucoup de plans. Mes loisirs, par exemple, sont trèèèès différents des siens. Mais ça, en revanche, ça ne nous a jamais posé de problème. C’était notre jardin personnel. Je pars en camp de reconstitution historique avec mes amis, et ça me va très bien. Lui a ses évènements cinéma, ses festivals et ses projections avec ses amis, et nous sommes contents de nous retrouver pour raconter notre journée. Cela n’a pas toujours été facile pour moi de l’accepter, car j’étais conditionnée par l’image lisse du couple que l’on a dans notre société, le « on fait tout ensemble ». Et de fait, dans le milieu de la reconstitution, je ne voyais que des couples de deux reconstituteurs, donc je me sentais un OVNI. Quand j’ai compris que ce n’avait aucune importance et que tant que nous étions heureux tout allait bien, tout est devenu plus facile.

Le meilleur livre que j’ai à vous conseiller sur le sujet de choisir un partenaire compatible est Choosing ME before WE, de Christine Arylo. Une vraie révélation. Vous ne pouvez être heureuse qu’en étant complètement vous-même, cela inclut votre mode de vie et vos aspirations. Si le choix de votre compagnon rend cela impossible, avec toute la bienveillance du monde, il est temps de se séparer.

Savoir reconnaitre la co-dépendance et faire tout pour la guérir

Dans tous les couples, je pense, il y a un aspect de co-dépendance. La co-dépendance, c’est quand notre compagnon vient remplir un vide que l’on a en soi. Un manque d’estime de soi ou de confiance en soi en général. Mais il y a une différence entre avoir un grand vide ou un petit peu de vide. J’ai vu autour de moi des couples tenus ensemble par leur co-dépendance. La compatibilité n’était pas au rendez-vous, et, s’il y avait effectivement de l’amour, l’amour n’est pas une chose qui suffit à faire un couple épanouissant. Il faut réaliser cela. L’amour ne suffit pas. Combien de femmes battues aiment leur mari, et combien de maris violents aiment leur femme ? Beaucoup, croyez-moi.

Là encore je vous conseille vivement de lire Choosing ME before WE mais j’espère que mes mots résonnent déjà avec vous. L’amour ne fait pas souffrir, la co-dépendance, oui. Nos attentes pèsent sur notre compagnon. Si nous attendons qu’il soit autre chose que lui-même, qu’il aménage ses horaires pour nous, qu’il comble quelque chose que nous sommes en fait la seule à pouvoir combler, ça ne marchera pas. Comme dit Lise Bourbeau, l’auteure de Écoute ton Corps, « l’égoïsme, ce n’est pas de se faire passer en premier, c’est de vouloir que les autres nous fassent passer avant eux-mêmes. » Malheureusement, cette ambiance règne dans beaucoup de couples où les personnes ne sont même pas conscientes de leurs attentes.

Christine Arylo raconte dans son livre qu’elle et son premier compagnon, qui sont restés 15 ans ensemble, étaient totalement co-dépendants. Christine venait se perdre son père et voyait dans son compagnon un substitut. Son compagnon, lui, voulait, en quelque sorte, élever une princesse. Mais ils n’étaient pas compatibles, désiraient des choses différentes, et usaient en permanence de pression et de passif-agressif. Leur rupture a amené Christine a réaliser qu’elle ne savait pas s’aimer elle-même ni prendre soin d’elle. Elle a vécu une période très dure où elle a du d’abord se remplir elle-même, pour ne plus avoir le vide qu’elle avait cherché à combler avec son ex-compagnon. Une fois cette guérison faite, elle était assez forte et autonome pour créer une relation saine avec celui qui est devenu son mari actuel.

Je le répète : nous avons tous un peu de co-dépendance en nous. Quand nous en avons beaucoup, il faut absolument travailler sur soi.

Balayer devant sa porte

J’ai une approche très audacieuse et courageuse du couple. Pour moi il ne faut faire aucun compromis. Ce qui est l’opposé de ce que beaucoup de magazines superficiels recommandent. Faire des compromis mène seulement à s’étioler. Si quelque chose me tient à coeur, réellement, je ne peux tout simplement pas compromettre. C’est à chacun, dans le couple de grandir et de sortir de sa zone de confort pour pouvoir accueillir et accepter l’autre. Inconditionnellement. Or, nous sommes dérangés par les choses qui appuient sur nos blessures. Cela veut dire que nous devons être 100% honnêtes avec nous-mêmes et notre compagnon, et nous connaître nous-même de très près. Ce n’est pas facile de déceler si quelque chose nous dérange parce qu’il y a une erreur ou une malhonnêteté chez l’autre, ou si c’est parce qu’une de nos « cordes sensibles » est activée. Cela prend du temps de le savoir. Mais il n’y a que ça qui fasse grandir.

Sans compromis, chacun doit accepter de travailler sur ses peurs et ses limites. Par exemple, j’ai longtemps été vraiment furieuse et agacée de la façon dont mon compagnon était inattentif quand il fait des tâches ménagères. Il laisse assez souvent des traces de sauce sur les assiettes en faisant la vaisselle, ou des manches de pulls complètement enroulées  sur elles-mêmes quand il étend le linge. Bien entendu, le jaune d’oeuf ne fait pas partie intégrante des assiettes, mais pourquoi cela m’énervait autant ? Parce que j’ai une croyance négative comme quoi, quelqu’un qui ne change pas son comportement alors que je le lui ai demandé plusieurs fois ne m’écoute pas et que donc, je n’ai pas d’importance à ses yeux. C’est une conclusion assez amusante, n’est-ce pas, quand on la ramène à la propreté des assiettes, einh ? Oui, mon compagnon n’a pas « raison » de mal laver la vaisselle… Mais le vrai problème, c’est ma croyance. Et il faut que je l’admette et que je guérisse la blessure qui me fait croire que je n’ai guère d’importance pour les autres. Car j’ai bien entendu découvert au fil des années que dans toutes mes relations il y a cette peur de ne pas compter… Aucun rapport avec la vaisselle, vous voyez ?

Dans mon couple, personne ne fait de compromis. Une chose à laquelle on dit « oui », c’est de grand coeur, en assumant complètement notre « oui », et pas en le voyant comme un sacrifice. Nous sommes capables de voir quand c’est une de nos blessures qui fait que nous n’aimons pas quelque chose ou qui nous fait exiger quelque chose de l’autre de façon péremptoire. Une des bases de notre couple est l’honnêteté à 100%.

co-mmu-ni-quer

Quand nous regardons des séries,  mon compagnon et moi, il y a toujours un moment où nous levons les yeux au ciel, puis nous nous regardons, et l’un ou l’autre dit « encore une intrigue où les gens sont dans la panade parce qu’ils savent pas se parler. »

Un de nos engagements, c’est de toujours se parler. Le passif-agressif, les sous-entendus et les petites vengeances sont simplement interdits dans notre couple. Si nous voyons une agressivité souterraine chez l’autre, ou que nous nous sentons réagir par la défensive, nous utilisons la technique du « je m’imagine » créée par Lise Bourbeau. C’est tout simple. Quand mon compagnon dit quelque chose et que je me sens blessée, je lui dis « je m’imagine que tu me dis XYZ et je trouve ça gonflé/injuste. Est-ce que tu veux vraiment dire ça ? » Et, 99% des cas, il me répond « alors pas du tout. Moi, ce que je veux dire, c’est ABCD. » Grâce à cette technique, personne ne saute à la gorge de personne, et nous prenons conscience de nos « oeillères » et des conclusions hâtives que nous avons tendances à tirer. Ça permet de reconnaître nos blessures et de veiller à s’en occuper.

Personne n’a envie que le chantage affectif règne dans son couple. Personne n’a envie, non plus, que ses besoins soient ignorés. Pourtant, combien osent s’exprimer, et « font plaisir » à l’autre à la place ? Ce n’est pas compliqué de dire « je n’ai pas envie d’aller au cinéma ce soir. Je suis fatiguée et je voudrais me coucher tôt. Si tu as envie d’y aller, vas-y bien mais moi je reste à la maison sous ma couette » au lieu de serrer les dents et se faire une sortie dont on n’a pas envie. A l’inverse, ce n’est pas correct de faire pression sur notre compagnon pour qu’il nous accompagne alors qu’il n’en a pas envie, sous prétexte que c’est notre compagnon. Tous ces comportements sont pour moi des « carton rouge » typiques. Ni mon compagnon ni moi ne les tolérons de la part de l’autre. Un couple est un lieu pour s’aimer et pour grandir, pas pour faire des jeux de pouvoir. Soyez amis. Rappelez-vous que l’autre ne vous doit rien au prétexte que vous êtes en couple.

Exprimer ses besoins est primordial. Il suffit de se reppeler qu’on demande les choses pour soi, jamais contre l’autre. Si vous n’avez pas l’habitude de faire vos demandes, je ne peux que vous recommander deux livres : Écoute ton corps, tome 1 et 2 de Lise Bourbeau et Les mots sont des fenêtres ou bien ce sont des murs de Marshall Rosenberg, le célèbre livre de la communication non-violente. Apprendre à exprimer ses émotions et ses sentiments est indispensable dans la vie, et va vous remplir de joie et de liberté.

Conclusion

Comme vous avez pu le voir, créer un couple où on se sent bien, c’est du sport. Il faut arrêter de croire aux relations qui marchent « toutes seules ». Bien évidemment, un couple de personnes compatibles va aller relativement de soi. Mais ça ne suffit pas. La vie est un chemin bosselé et pas tout droit. Pour gérer les virages et les bosses, il y a des outils indispensables. L’amour ne rend pas les choses faciles il les rend possibles. L’honnêteté, la volonté de travailler sur soi les rends faciles… avec le temps. Un couple est une aventure !

Je remercie Marc pour son indéfectible amitié durant ces 17 années passées ensemble. Je le remercie pour son honnêteté pleine de simplicité et de bonhomie. Merci de faire ce chemin avec moi.