Prendre soin de soi, c’est… (épisode 3)

Voici la suite de la saga slow-life de l’été, avec les ateliers du samedi matin à la Recyclerie. La semaine dernière, on a parlé du complexe du super-héros, il reste maintenant deux épisodes.
★ Épisode 3 : samedi 5 août, 9h30. « Se réapproprier ses rythmes »
★ Épisode 4 : samedi 26 août, 9h30. « Que faire pour rester slow quand la pression monte ? »

Les ateliers ont toujours lieu de 9h30 à 11h30 à la Recyclerie (83 BD Ornano à Paris), et pour vous inscrire il vous suffit de m’écrire à elisa.rayonne@gmail.com.

Alicia, 24 ans, et ses enfants Médine, 2 ans et Leïna, 4 ans, libres et heureux !

Aujourd’hui, j’ai interviewé la radieuse Alicia, 24 ans que j’ai rencontré à l’occasion d’un stage de reiki que j’ai donné en juillet dans ma région natale, le Forez. Cette incroyable maman de deux enfants, épanouie comme j’en ai rarement vues, m’a tout d’abord épatée en me disant « Je me donne une heure par jour minimum à moi toute seule. Et personne n’a le droit de me déranger ».

Waouh ! Combien de gens arrivent réellement à faire cela, et tous les jours sans faute ? Sans doute peu dans sa tranche d’age, et encore moins chez les jeunes mères.

Alicia a élevé ses deux enfants en respectant leurs rythmes (et le sien !) et elle nous raconte comment ça s’est passé.

Avec une incroyable générosité, elle m’a même donné de bon coeur des photos de sa petite famille ! Merci Alicia !

Rayonne : Comment prends-tu soin de toi ?
Alicia : J’écoute mes besoins et mes envies, ça peut paraître bête, mais je pense que c’est essentiel. Déjà, quand je sens que je suis fatiguée, je me repose, je ne me force pas à être toujours au top, à dire “je m’oblige à faire ceci ou cela parce que ça DOIT être fait”.
Il y a énormément de mamans qui ne ne font pas preuve de ce respect envers elles-mêmes. Quand j’ai besoin d’un moment à moi, je le prends, je ne me dis pas “je suis une maman, je dois pas”. Ce peut être un après midi piscine, par exemple , pour d’autres personnes, ça peut être du shopping, aussi, moi, je vais beaucoup me promener toute seule dans la forêt.

Rayonne : Qu’est-ce qui t’a amenée à prendre soin de toi ainsi ?

Alicia, sur une vraie photo de la vraie vie (pas d’Insragram), notez les oranges au fond à droite.

Alicia : Quand j’ai été à deux doigts du burn-out, ma fille avait 1 an. J’étais complètement épuisée et je ne prenais plus de plaisir à rien, ni à m’occuper de ma fille, ni à faire les repas. Je ne faisais que pleurer  et du réveil jusqu’au coucher j’étais un zombie. Je dormais très peu. Je voyais que je n’étais pas à 100% là pour ma fille… Or c’est la recherche du 100% qui m’avait amenée à cet état-là. Je me suis dit « mince, si je ne vais pas bien, je ne peux pas apporter de bonnes choses à mon enfant, et je ne veux pas lui faire subir la conséquence de ma fatigue ». Là, j’ai compris que ce n’est pas parce que je suis maman que je suis supposée être un zombie, mais une jeune fille (car à l’époque j’avais 21 ans) épanouie et bien dans ma peau.

Rayonne : Par quelles actions concrètes as-tu commencé ?
Alicia : On était en hiver, il faisait froid et après la journée dehors,  je m’accordais un bon bain chaud dans la salle de bains TOUTE SEULE , et il y avait interdiction de me déranger. J’ai demandé à Yannis, mon conjoint, de s’occuper de ma fille Leïna, et que s’il voulait être avec une femme et non un zombie, il devait le faire. Quand Leïna a commencé à marcher et parler, si elle venait tambouriner à la porte de la salle de bains, je ne lui répondais pas et je mettais de la musique.

Rayonne : Que dirais-tu aux parents qui pensent que ne pas répondre 100% du temps à leurs enfants, c’est le risque de les faire se sentir rejetés ou moins aimés.
Alicia : Eh bien je ne suis pas de cet avis. Ne pas être disponible 100% du temps leur apprend le respect de la personne. Eux, ils savent que quand ils ont sommeil, ils ont besoin qu’on les laisse tranquille et qu’ils puissent dormir. Les adultes, c’est pareil ! Et l’enfant est très intelligent, il peut comprendre que ça va dans les deux sens et que chacun est un être individuel et unique et qu’ils doivent respecter nos temps de calme comme nous respectons les leurs.

Ma fille a eu du mal au début parce qu j’avais été H24 avec elle quand elle était bébé, même dans la douche et les toilettes. Elle a du accepter de passer plus de temps avec son papa. Mais ça s’est produit deux ou trois fois (Note de Rayonne : c’est incroyablement rapide comme temps d’adaptation !). Maintenant, elle a 4 ans et elle me dit de temps en temps “maman, c’est mon moment tranquille” et elle comprend ce que ça veut dire. Et là je la laisse tranquille. Pour mon fils Médine qui a aujourd’hui 2 ans, il a toujours été élevé comme ça, il a grandi dedans, il n’y a aucun problème, ni caprice, ni crise. Lui aussi il a ses temps tranquilles quand il en a besoin, et bien qu’il ait seulement 2 ans, il le fait de lui-même.

Il faut que les enfants apprennent la frustration car ils peuvent ensuite la gérer. C’est une émotion qui peut être hyper compliquée à gérer qu’on soit un adulte ou un enfant ! Il ne faut pas qu’elle soit en trop grande quantité mais ce n’est pas tout noir ou tout blanc. On apprend à la gérer au lieu de simplement l’éviter.

Leïna est un petit yogi

Rayonne : Tu peux nous parler des rythmes dans ta famille ? Quels sont-ils et quels bénéfices vous en retirez ?
Alicia : Tout d’abord, chaque enfant est différent, j’ai deux opposés à la maison. Ma fille était une petite très éveillée même quand elle était bébé et et elle avait beaucoup plus besoin de temps forts que de temps calmes. Il y a beaucoup d’auxiliaires de puériculture ou même le pédiatre qui me disaient “à telle heure il faut qu’elle dorme tant de temps”. Je répondais que ma fille n’était pas un robot et que si elle a avait besoin de dormir, c’est qu’elle en a besoin, si elle ne dort pas, c’est qu’elle n’en a pas besoin. Ça ne s’apprend pas dans les livres, c’est l’instinct maternel et notre enfant qui nous le disent.

Au niveau des repas, tous les enfants ne mangent pas la même quantité au même age ni les mêmes choses. J’ai laissé mes enfants découvrir eux-mêmes la nourriture. Après les biberons de lait, j’ai introduit des purées de légumes et j’ai laissé ma fille m’indiquer si ça lui convenait ou pas. Si elle avait des coliques ou qu’elle ne mangeait pas l’aliment, je ne la forçais pas, même si le pédiatre me disait de lui en donner. Vers 8 mois, je posais plein de choses sur sa petite tablette et je la laissais se servir et manger toute seule avec ses mains. Ça lui permettait de développer le sens du toucher et ça m’indiquait sur ce qu’elle était capable de manger ou non au niveau de la taille des morceaux.

Ensuite vers deux ans, pour la majorité des enfants, on passe d’un petit lit à barreaux à un lit de grand et pour certains enfants c’est compliqué. Moi tout bêtement, j’ai mis le matelas par terre. Je me suis dit que le jour où elle voudrait se lever ou se coucher toute seule, elle pourrait le faire, et qu’ainsi, elle n’avait pas besoin d’attendre après un parent pour la lever ou la coucher. Elle a mis 3-4 jours à s’habituer puis elle l’a fait toute seule. Elle avait 15 mois alors, sachant qu’elle a marché à 1 an. L’autonomie est super bonne quand on procède comme ça, les enfants ont besoin d’être autonomes et non pas d’être assistés dans un rôle de bébé.

Les parents mettent parfois des gigoteuses car ils ont peur que les enfants se découvrent la nuit. En fait, adulte ou enfant on a le réflexe de remettre la couette. Là encore, l’enfant l’apprend tout seul et il saura prendre le réflexe d’aller sous les couverture en cas de besoin.

Rayonne : Maintenant que Leïna va à l’école, qui est un milieu très structuré où l’horaire du repas ou de la récréation est imposé, comment ça se passe avec cette perte de liberté ?
Alicia : Oui, je trouve ça dommage que les écoles soient aussi carrées avec les enfants de 3 à 6 ans. Mais il y a des alternatives avec les écoles Montessori où les rythmes sont respectés et c’est prouvé que les enfants sont beaucoup plus autonomes que ceux dans les écoles ordinaires.

Pour Leïna je lui ai expliqué qu’à l’école comme partout il y a des règles et qu’elles sont pour tous les enfants. J’ai accueilli sa détresse vis à vis des rythmes imposés, on en a beaucoup parlé, et c’est allé mieux. Ma fille est revendicative : si quelque chose la bride, elle va manifester.  Elle adore tellement l’école qu’on lui a expliqué que si elle voulait continuer à y aller, elle devait suivre les règles de l’école, et que ça ne valait que pour ce contexte, qu’à la maison elle pouvait continuer à dormir, manger et jouer à son propre rythme.

Elle s’est mise à stresser pas mal sur les horaires, elle me demandait en permanence “à quelle heure on part ? Est-ce qu’on va être en retard ? Maman il faut se dépêcher”, sachant que je suis extrêmement ponctuelle, le retard ne fait pas trop partie de ma vie. On a mis un peu de temps à gommer ce souci chez Leïna.  Autant on peut intéresser les enfants aux horaires pour fixer des limites dans le jeu, par exemple on dit “quand la petite aiguille sera là tu finiras de jouer”, là, c’est sain et ça les responsabilise, mais se stresser avec les horaires d’école, non. Elle aura toute sa vie d’adulte pour stresser avec ça, il n’est pas question qu’elle le fasse à 4 ans. On lui a donc expliqué que c’était nous qui nous occupions des horaires et qu’elle n’avait pas besoin de s’en  préoccuper. Ça a fini par passer mais ça a été un peu difficile durant environ trois mois.

Leïna n’a JAMAIS pleuré quand je la déposais à l’école et elle y est allée dès l’âge de 2 ans. Elle me disait “pourquoi les autres enfants pleurent ?”. Elle était super autonome. On l’a même habituée à aller à l’école avec d’autres parents. Si on les habitue tôt, ils savent que ce n’est pas une déchirure et qu’à la fin de la journée, papa et maman viendront les chercher.

On crée des angoisses aux enfants en étant surprotecteurs et ils se disent “quels dangers m’attendent le jour où papa n’est pas là ?”. Par exemple, l’enfant est à un cours de danse, il attend un parent qui tarde, et là, il stresse beaucoup. Ce sont des situations qui arrivent tout le temps ! On donne une espèce de garantie en étant pile à l’heure et le jour du retard, c’est comme si le monde s’écroulait, pour cet enfant.

Rayonne : Que dirais-tu aux gens qui ont envie, comme tu l’as fait, de laisser la vie leur montrer le chemin et d’être plus souples mais qui ne se le permettent pas parce qu’ils ont peur que cela ait des conséquences négatives ?
Alicia : Dans l’inconscient collectif on nous impose beaucoup de charges pour être parfaits. Or on est des humains, ce que les autres pensent n’a pas d’importance, on est là pour être bien avec soi même. Cen’est pas parce qu’un jour on est fatigué, que chez nous c’est le boxon et on n’a pas envie de laver le sol que l’on n’est pas un bon parent. Si on lève ces barrières, la vie est beaucoup plus souple, tout devient plus facile, on fait les choses pour nous-même et non l’image qu’on a envie de renvoyer… Y compris à nous-même ! On a envie de se PENSER femme parfaite épouse parfaite, travailleuse parfaite ! Mais “perfection” que l’on recherche est calibrée, normée, dictée, ce n’est pas une perfection qui émerge naturellement, c’est un modèle préfabriqué.

Pour moi être parent c’est quelque chose  de naturel. On met une terrible pression sur les jeunes mamans, davantage que sur les  plus âgées et on finit par s’en rendre malade, et c’est là qu’on commet des erreurs. J’ai le droit de faire des erreurs, et j’apprends. C’est de là qu’à découlé tout mon cheminement. Et tout se passe bien ! J’y ai gagné un enfant qui a pleinement confiance en elle et en moi . En ce moment, Leïna est en Corse avec sa grand-mère, pour vingt jours et elle s’éclate ! Sa maman ne lui manque pas.

Leïna en Corse !