Prendre soin de soi, c’est… (épisode 2)

Mon premier atelier à la Recyclerie avait pour but de vous montrer que reprendre le temps pour soi, c’était arrêter de le donner à d’autres choses (à commencer par d’autres gens), surtout des choses qui ne nous correspondent pas.

Mon deuxième atelier, qui aura pour sujet le complexe du super-héros a lieu samedi 29 juillet (toujours 9h30 à la Recyclerie, et pour vous inscrire il vous suffit de m’écrire à elisa.rayonne@gmail.com).
J’en profite pour rappeler les dates des autres ateliers de la série :
★ Épisode 3 : samedi 5 août, 9h30. Respectez votre rythme, vivez comme un écosystème
★ Épisode 4 : samedi 26 août, 9h30. Thématique à venir

C’est quoi le complexe du super-héros ? C’est l’implant culturel que nous avons presque tous dans notre tête, qui veut qu’on en fasse plus au risque (souvent atteint) d’en faire TROP. De ne plus vraiment savoir distinguer ce qui est strictement nécessaire de ce qui est facultatif, voir superflu. Et bien entendu, de ne jamais s’écouter, parce que la fatigue, c’est bien connu, c’est pour les faibles. (Hahahah. Non.)


Ce complexe, totalement invisible car intégré à notre regard est aussi un gros gêneur au niveau du « comment » on fait les choses. Il nous les fait faire d’une manière rigide, souvent énergivore, et dont on croit désespérément (parfois à nous faire pleurer de stress) que c’est la seule bonne.

Pour introduire ce sujet, j’ai interviewé Daphné Debord, chiropracteur (car on le rappelle, le féminin de chiropracteur est chiropracteur dans l’école dont est issue Daphné) dans le douzième arrondissement de Paris. Vous allez le voir, le complexe du super-héros est en filigrane dans son propos…

Rayonne : C’est quoi, prendre soin de soi, du point de vue d’une professionnelle de la santé comme vous ?
Daphné Debord : En premier, c’est respecter ses limites. Mais le problème, c’est que d’habitude, on ne les écoute pas. Le burn-out envoie plein d’alertes via le corps, longtemps à l’avance, mais tant que les gens ne sont pas en burn-out franc et affiché, ils croient qu’ils vont bien.

Rayonne : Qu’est-ce qui fait, selon vous, que les gens en sont rendus à ce point ?
Daphné Debord : Il faut arrêter de croire que s’écouter est négatif, que c’est pour les gens un peu faibles, un peu chochottes. Ne pas avoir de temps pour soi passe pour normal de nos jours, bien sûr, ça ne l’est pas ! A Paris, on ne prend pas le temps de vivre, d’une part. Mais le problème est aussi éducatif. Notre système de santé, qui est merveilleux, je suis la première à le dire, a quand même un inconvénient majeur : du fait qu’on ne paie pas nos soins, on est complètement déconnectés de notre responsabilité sur notre manière de vivre ! On prend un cachet prescrit plutôt de regarder pourquoi on digère mal, on a des insomnies ou mal à la tête. Prendre soin de soi, je ne vais pas vous mentir, c’est « chiant » : ça implique de refuser une sortie quand on sent qu’on a besoin de se reposer, de poser des limites saines à son patron et de lui dire parfois « non », d’aller à la piscine pour entretenir son dos… C’est plus compliqué que de prendre un cachet !

Travailler en toute sérénité

Un autre facteur est qu’on n’est pas du tout dans la culture de faciliter la vie des gens. Le télétravail peut économiser deux heures de trajet ! De plus, chez soi, on est dans le silence, ce qui n’est jamais le cas dans un open-space. Il ne faut pas se leurrer, au travail, on ne passe pas huit heures à « travailler », c’est impossible. Il y a plein de petites plages où on n’est pas en travail, mais l’environnement n’est pas propice à ces pauses qui sont vitales. La posture de travail, donc l’ergonomie, n’est jamais évoquée ou presque, on ne boit pas assez d’eau, on ne fait pas de sport… Parmi mes patients, il n’y a que 2 personnes sur 10 qui ont un poste de travail où l’ergonomie est prise en compte. En somme, nous vivons dans un monde où il n’y a plus de guerre u de famine pour venir menacer notre vie et notre santé… mais nous nous sommes mis autre chose sur le dos : notre travail !

Rayonne : Qu’est-ce qui a été votre déclencheur à commencer à prendre soin de vous ?
Daphné Debord : Comme tout le monde ! Une accumulation de fatigue et de mauvaises habitudes… jusqu’au « crac ». Pendant longtemps, je n’ai pas été bonne pour prendre soin de moi. L’âge a joué aussi : à partir d’un certain moment, on récupère moins bien, donc on commence à se rendre compte. Et puis je trouvais que c’était un peu fort, de conseiller mes patients sur leur manière de vivre sans appliquer mes conseils à moi-même. Donc pour commencer, j’ai fait une thérapie en 2010, et ça m’a lancée. J’avais eu une année terrible. Je me suis également remise au sport. J’ai fait une bonne rencontre : une chiropracteur géniale qui s’était mise au yoga, elle m’y a « traînée » et ça m’a fait un bien fou. Maintenant, je fais des retraites, je médite… Mais il a fallu le « crac » pour que j’y vienne ! Notez bien : on doit faire ces choses AVANT de tomber.
Pourquoi on ne nous éduque pas à nous tenir correctement, à boire de l’eau, à mâcher suffisamment dès la petite enfance ? On nous apprend bien à nous brosser les dents trois fois par jour ? Il n’y a pas besoin de monter l’Himalaya pour méditer avec des moines pour prendre soin de sa santé ! Mes patients de 50 ans arrivent avec plein de problèmes, mais ils n’en seraient pas là s’ils avaient commencé à s’occuper d’eux étant jeunes.

Quand cous prenez soin de vous, vous donnez le feu vert à la Vie pour qu’elle fasse de même.

Rayonne : Qu’est-ce que ça a changé pour vous, de prendre cette hygiène de vie ?
Daphné Debord : Mon corps est devenu plus fort, j’ai perdu du poids, j’ai eu un meilleur sommeil et moins d’anxiété. Mais surtout, j’ai été mieux avec les autres. J’ai arrêté de dire « oui » quand j’ai envie de dire « non ». Et comme par magie, au niveau travail, j’ai eu plus de patients, et d’une manière générale, les gens se sont mis à mieux m’écouter. La vie est bien faite, n’est-ce pas ? [Note de Rayonne : vous vous rappelez quand Stéphanie nous disait que la vie lui avait dit « merci » quand elle avait commencé à s’écouter ? Hmmm ?] Les choses se mettent en place toutes seules. C’est pour cela que je soupire quand je vois la résistance chez mes patients, ils ont du mal à faire du sport,  même les simples étirements que je leur prescris, ils se plaignent que c’est difficile de boire plus d’eau… en fait, ce que je recommande, c’est le strict minimum !

Rayonne : Concrètement, pour vous « prendre soin de soi », c’est quoi ?
Daphné Debord : Ne pas être à la minute près. Se donner des marges quand on a des déplacements à faire, par exemple.
C’est aussi être honnête avec soi. S’écouter, c’est bien gentil, mais si c’est pour se raconter des bobards à la « je vais bien, tout va bien », ça ne sert à rien. J’ai une amie clubbeuse, elle ne dormait pas, buvait beaucoup, et ne sentait rien. Ni la fatigue, ni la gueule de bois. Un matin, elle s’est réveillée avec un mal de tête et des symptômes tellement graves qu’on a redouté la tumeur au cerveau ! Elle n’en avait pas, c’était l’effet de la tension ! Il m’a fallu des mois, en chiropractie, pour l’amener à se détendre !
Prendre soin de soi, c’est aussi se faire plaisir. Par exemple, si on aime le cinéma mais qu’on n’y va pas, il faut le réintégrer dans la vie quotidienne ! Le plaisir, ce n’est pas forcément quelque chose de long qui bloque l’agenda, ça peut prendre dix minutes, mais il faut se dire qu’on peut.
Lâcher prise, c’est difficile, surtout pour les femmes, parce qu’on croit que si on lâche, tout va s’écrouler, que les choses ne seront pas faites, alors qu’elles le seront… Mais pas par nous ! On est souvent dans le mauvaise perfectionnisme : on veut que les choses soient faites d’une certaine façon, la nôtre bien entendu ! Et on se fait croire que c’est la seule bonne. Alors que les autres peuvent s’en occuper, mais différemment… et ça ne veut pas dire « moins bien », mais ça, c’est à nous de l’admettre !
Enfin, prendre soin de soin, c’est bouger… Léonard de Vinci disait « le mouvement est principe de toute vie ». Ce n’est pas pour rien ! Le sport booste le renouvellement des cellules.