Prendre soin de soi, c’est… (épisode 1)

Photo par Emmanuelle Heyd

De juillet à août, je donne à la Recyclerie une série d’ateliers sur la thématique « prendre le temps pour soi ». Sous cette problématique d’apparence anodine, il y a en fait toute une réflexion sur notre mode de vie et ce qu’il représente pour nous.

Avant de vous en dire plus, voici les dates des 4 ateliers, qui vont se dérouler comme un feuilleton en 4 épisodes avec en fil conducteur l’idée de prendre soin de soi, pourquoi et comment. Les ateliers sont sur inscription, durent chacun deux heures et son à 20€. Pour vous inscrire, appelez moi au 06 16 16 30 75.  Pour venir, la Recyclerie est 83 boulevard Ornano dans le 18ième arrondissement. C’est juste au pied du métro Porte de Clignancourt.

★ Épisode 1 : samedi 1ier juillet, 9h30. « Pourquoi c’est si difficile de prendre du temps pour soi ? »
★ Épisode 2 : samedi 29 juillet, 9h30. « Et si on arrêtait d’essayer d’en faire trop ? »
★ Épisode 3 : samedi 5 août, 9h30. Thématique à venir
★ Épisode 4 : samedi 26 août, 9h30. Thématique à venir

Pour moi « prendre le temps pour soi » c’est remettre au centre de notre vie la seule personne qui y est indispensable : nous. C’est nous qui nous levons le matin. C’est nous qui choisissons où nous habitons, qui nous fréquentons, quel métier nous faisons. C’est nous qui nous lavons, nous habillons, nous soutenons en première ligne dans les moments difficiles. Si nous nous traitions comme n’importe quel « autre » dans notre vie, en fait, nous serions débordants de gratitude pour tout l’amour et toute l’attention que cette personne nous porte.

Pourtant, prendre soin de nous passe souvent à la trappe. Et nous nous traitons souvent comme une bête de somme, corvéable à merci. Et ce n’est pas aller se faire masser une fois par mois, ou prendre une pause avec un bouquin le midi qui va rééquilibrer les compteurs : cette personne compte. Je compte, vous comptez.

Bonjour Stéphanie ! Bienvenue dans Rayonne !

J’ai décidé d’interviewer des personnes inspirantes pour leur réflexion (et surtout leurs actions !) sur le soin qu’elles se donnent à elles.
La première est Stéphanie, 40 ans, vivant à Burlats près de Castres. Maman de deux enfants, elle travaille pour un organisme de formation dans le transport routier, et elle a un magnifique projet de vie : Un petit pas vers la biotonomie. Son rêve, son projet, c’est de monter son herboristerie et sa fabrication de produits cosmétiques, d’hygiène et de nettoyage à bases de plantes cultivées par elle-même, en permaculture, et de les vendre sous la marque Bioglaem.

Stéphanie n’est pas un ermite qui mange du tofu et vit au fin fond du Larzac avec des chèvres ! (Même si les chèvres, c’est chouette, et que le Larzac, c’est beau). C’est une jeune femme TRÈS active, coquette, vivante, qui aime Star Wars et les capuccinos avec des copeaux de chocolat, et qui a commencé à changer sa vie il y a sept ans pour enfin prendre soin d’elle. Pourquoi ? Comment ? Elle vous le raconte dans son interview !

Rayonne : Pour toi, c’est quoi, prendre soin de toi ?
Stéphanie : C’est faire des choses qui me plaisent, me correspondent, sortir du moule de ce que les autres attendent de toi, et juste être toi.

Rayonne : Quand as-tu commencé et pourquoi ?
Stéphanie : J’ai commencé en 2010, je sortais de dépression, j’avais envie de dire « merde » à tout le monde, et pour la première fois de ma vie, de faire des choses qui me plaisaient à moi. La première chose que j’ai fait, ça a été de m’inscrire à la Compagnie du Dragon Vert (compagnie de reconstitution de la Terre du Milieu de Tolkien avec les mêmes techniques qu’en reconstitution historique). Sur le moment, j’aurais été incapable de te dire que je le faisais par soin pour moi, mais avec le recul, c’était clairement ça.

Mes raisons pour ce changement, c’est que pour mettre fin à une dépression, il faut casser le cycle de ce qui s’est passé avant, donc faire autre chose. C’est simplement le choix de faire, non ce qu’on nous impose, mais ce qui nous fait envie. Cela faisait des années que la reconstitution historique me tentait, et je suis tombée par hasard sur le Dragon Vert, qui alliait cela à ma passion de Tolkien. Avant, j’avais toujours été dans un cadre, et je n’avais connu que ça. C’était d’ailleurs ça qui m’avait amenée à la dépression. J’ai compris que j’étais dans un mauvais schéma, et que ce n’était pas normal. On ne peut pas dire « je veux que ma vie change » et rester quand même sur des rails. Souvent, on change une chose ou deux, par exemple, moi, je me suis séparée de mon mari. Mais ce n’est pas assez pour un vrai changement, il faut mettre un coup de pied dans la fourmilière, et ça, c’est se remettre entièrement en question. [NB : Stéphanie rit au téléphone, parce qu’elle est myrmécophobe -phobique des fourmis- et qu’elle se rend compte que cette métaphore prend tout son sens]

Rayonne : Si tu avais su plus jeune ce que c’est « prendre soin de toi », il y a des choses que tu aurais faites différemment ?
Stéphanie : C’est difficile de répondre. Je pense que je me serais mariée plus tard, par exemple. Je me suis mariée parce que ça me faisait plaisir, ça, je le sais. Mais mon plaisir à l’époque était relié à une certaine image de moi-même qui dépendait beaucoup de ce que je croyais être censée faire.

Rayonne : Qu’est-ce que tu fais pour prendre soin de toi ?
Stéphanie : D’abord, j’ai déménagé. Ça a été le plus gros truc que j’ai fait et un véritable point de rupture. Tout le monde me disait de ne pas le faire, que j’allais être trop loin de mon travail (Stéphanie travaille à Toulouse, c’est à 1h15 de sa maison). Mais je l’ai fait et je ne le regrette absolument pas. J’ai trouvé une maison géniale, au bord de l’eau, au pied de la foret, j’y suis dans mon élément, même si j’ai 2h30 de trajet par jour.

Une cueillette impromptue pendant un trajet, sur le siège de la voiture de Stéphanie. Parce que quand on est herbaliste, c’est tout au long de la journée.

Tu sais, prendre soin de soin, c’est du global, ce n’est pas boire un milk-shake à la fraise ou prendre une pause l’après-midi. Moi, pour prendre soin de moi, j’ai décidé de vivre en zéro déchets, parce que ça me connecte à la nature, comme aller en forêt. C’est vraiment moi. Avant, je faisais la majorité des choses en fonction des autres, pour leur faire plaisir ou pour avoir leur reconnaissance. Comme si j’en avais « besoin ». Maintenant, je les fais parce que j’en ai envie et ça change absolument tout. Je n’étais pas consciente de ça avant peu. Tu fais les choses de la même manière, mais tu les ressens différemment. Oui, ça te fait toujours plaisir de voir que les autres te reconnaissent, mais ce n’est plus ta raison d’agir. Quand tu as « besoin » de faire quelque chose pour de la reconnaissance, tu es toujours plus ou moins en stress. Est-ce que ça va plaire ? Et tu as toujours la tension de faire « mal » et du même coup, de ne pas avoir la reconnaissance attendue. Ce que tu offres sereinement, les autres le reçoivent aussi plus sereinement. Et quand tu as compris ce mécanisme, franchement, l’Univers te dit merci. ll t’envoie plein de monde qui te fait du bien. Moi, toutes mes personnes négatives sont parties !

Il faut enlever les « étiquettes » qu’on colle sur soi, ce qu’on croit devoir être. A un moment, on a tellement de couches d’étiquettes qu’on ne sait plus qui on est. Ma dépression est venue de là. Peu à peu, j’ai laissé tomber les couches, une par une, comme un oignon. A force d’en enlever, tu vois un bulbe à l’intérieur, qui va fleurir. C’est super de te dire qu’avant, tu étais un oignon, et que maintenant, tu vas fleurir !

Rayonne : Selon toi, pourquoi c’est si difficile de prendre soin de soi ?
Stéphanie : Parce qu’on ne sait pas ce que c’est ! On n’a pas la bonne réflexion. Quand on se dit « je vais prendre soin de moi », en général, on sort l’agenda, et on se bloque un après-midi au spa ou une soirée entre copines… mais après, on repart dans le speed du quotidien ! Il faut voir l’aspect holistique du soin : ce n’est pas une chose ponctuelle. Se poser et bloquer du temps, les trois quarts du temps, ça va être une contrainte, qui va au final apporter encore plus de pression. Quand tu fais les choses de manière globale, intégrées à ton mode de vie, là, ça devient ressourçant.

Quand je mets de l’huile sur mon visage, au lieu d’une crème industrielle, je suis dans cette idée holistique, car je suis en accord avec moi-même. Je prends soin de moi tout le temps, en filigrane, dans ma manière de vivre. Au travail, j’ai remplacé le café à la machine par du thé que je me fais moi-même, avec ma propre tasse que je lave. Et quand je n’ai vraiment pas le temps, je vais à la machine à café, j’en demande un « sans gobelet », je mets ma tasse en-dessous, et rien que cette petite chose, ça me donne le sourire. On peut prendre soin de soi même quand on est en train de courir à travers notre journée ! Même dans ma journée de huit heures de travail, je sais que le midi, je vais manger le repas que je me suis cuisiné maison, et que j’emporte dans mes récipients en verre ou en terre, parce que je ne veux pas créer de déchets. Je continue de prendre soin de moi tout en ayant une vie moderne et active. Il ne faut pas attendre de vivre en ermite et d’avoir des journées entières de calme. Chacun peut faire ce genre de choses. Tout ce qui est en accord avec nous-même est un soin, il faut en prendre conscience.

Une salade comme Stéphanie en emporte au travail dans son panier-repas zéro déchet

Rayonne : Qu’est-ce que ça a changé pour toi, de prendre soin de toi ?
Stéphanie : Tout ! Maintenant, je suis moi, je fais ce que j’ai envie sans me demander si ça va plaire à Pierre, Paul ou Jacques. Si je veux aller au travail habillée en jedi, je le fais, et les gens s’en foutent ! Ou peut-être qu’ils ne s’en foutent pas, mais moi, je ne fais plus attention à leurs réactions ! En outre, j’ai perdu 36 kilos, en reprenant du bonheur. Les gens me disent que je rayonne. Ça ne m’appartient pas d’en juger, mais il paraît que ça se voit !

Rayonne : Tu dirais que tu es heureuse ?
Stéphanie : Carrément. Et je ne me pose plus de questions. Avant, quand j’avais une période heureuse, je me disais « C’est trop ! Il va m’arriver un problème. » Plus maintenant.

Rayonne : Tu aurais un conseil à donner aux gens qui veulent prendre soin d’eux ?
Stéphanie : C’est difficile. Chacun a sa propre histoire. Moi, j’ai évolué de la façon que je viens de raconter, parce que c’était une question de vie ou de mort, pratiquement : marche ou crève. Je dirais juste cela : il faut comprendre ce que c’est vraiment, « prendre soin de soi ». Que ce n’est pas juste se poser dans son canapé avec un bouquin pendant une heure. Qu’il faut l’intégrer, que c’est global. Que ce soit ton mode de vie, non parce que la société de dit de faire ainsi, mais parce que tu suis tes propres convictions. Quand ta façon de faire change ta façon de voir les choses, les autres suivent d’eux-mêmes. C’est un travail à faire sur toi, au moment où tu seras prêt à te remettre en question… Et ton monde ne va pas s’effondrer pour autant, par ce changement ! Ou alors, si, mais il y a quelque chose de meilleur qui va s’ensuivre ! ★