L’entre-deux

L’entre-deux est un endroit où en général, on n’aime pas être.
On a nos instructions, on a une direction générale, on a commencé le voyage, mais on n’est pas franchement arrivé.e. Peut-être même qu’on vient juste de partir, comme Bilbo Baggins, en oubliant de prendre des mouchoirs de rechange. Et on n’a aucune idée de la durée du chemin.

L’entre-deux, c’est comme marcher sur une congère : parfois c’est stable, et parfois pas. Et on n’a pas le choix que d’y aller un pas à la fois, et de trouver patiemment son équilibre, comment placer son poids sur ses jambes. Et parfois encore, on se retrouve jusqu’aux genoux dans une humidité blanche, froide et qui crisse autour de nous, dont on doit s’extirper en essayant de ne pas se mouiller davantage.

Au GAHP, on appelle ça « les limbes ».
Une transition est faite de 3 étapes :
– 1) on quitte notre ancienne situation
– 2) la phase des limbes, un incubateur où on se transforme, où on évolue et où on intègre les leçons du passé et le besoin des changements à entreprendre
– 3) l’entrée dans la nouvelle situation

Si on essaye de zapper le voyage dans les limbes, la nouvelles situation qu’on va créer va comporter exactement les mêmes blocages et failles que la précédente. On aura juste déplacé nos problèmes.

Je suis dans les limbes pour pas mal de choses dans ma vie : mon activité professionnelle, pas encore prospère, ma situation financière,  une de mes relations… Et je fais mon maximum pour vivre ces transitions depuis mon moi authentique. Je vois l’évolution. Je vois les graines germer et passer au-dessus du sol. Je vois la petite pousse verte s’élancer vers la lumière, toute fraîche et tendre et vulnérable.

Bien sûr, je suis comme tout le monde : j’aime les certitudes, j’aime avoir des racines et des fondations. Mais ça se construit, tout ça, comme nos ailes et nos feuilles vertes.

Si vous voyez que vous ne faites que vous précipiter en avant, c’est le moment de vous demander :
– vous n’auriez pas assimilé inconsciemment l’idée que vous n’avez pas de valeur tant que vous n’êtes pas arrivé.e au but ? (le super amant trop beau, le diplôme, le job, le mari, les enfants, la maison, la silhouette, la médaille…)
– est-ce que vous avez une opinion caca de vos circonstances du moment, qui vous rend incapable de les accepter ?
– est-ce que vous essayez de zapper votre croissance intérieure pour aller plus vite ? En voulant devenir heureu.se.x de l’extérieur vers l’intérieur au lieu de l’inverse ?
– est-ce que vous êtes sous pression de la part de votre famille, vos chefs ou vos amis pour « y arriver » vite, vite, vite ?
– est-ce que vous n’êtes pas juste trop dur.e avec vous-même ?

C’est la qualité de votre moment dans les limbes qui va déterminer le paysage où vous serez quand vous serez « arrivé.e ». Chaque pas du voyage est important.

J’ai moi-même essayé d’accélérer ou de court-circuiter des étapes importantes de ma croissance intérieure, juste parce que je croyais que la rapidité était une vertu (hahaha, ce que j’en ris, maintenant !).

Les meilleurs choses DEMANDENT du temps. C’est l’ingrédient magique qui rend le vin et le fromage délicieux (et le pain au levain bien plus riche nutritivement que le pain à la levure). C’est le temps passé au vent et au soleil qui font que les fruits mûris sur la branche sont bien meilleurs que ceux mûris dans un cageot.

Alors, vous avez des mécanismes de « zappage d’étapes » ? Lesquels ? Et pourquoi ?