« La pression, c’est jamais bon » ou agir sans forcer.

Aujourd’hui, je vais vous parler du sens du mot « travail ».

Nous avons l’habitude de « travailler » sur nos peurs et nos blocages. Et pour gagner de l’argent, nous allons au « travail ».

Le mot « travail » indique un état de pression, d’effort. Un labeur. Le mot lui-même vient du latin « tripalium » qui désigne un instrument de torture à 3 branches (d’où la racine « tri ») qui servait à punir les esclaves rebelles. Donc le « travail » est un état de souffrance. Pas étonnant que les contractions et poussées qui précèdent la sortie du bébé dans un accouchement s’appelle le « travail ».

Prendre l’escargot par les cornes, par Emmanuelle Heyd

En anglais, ce n’est guère mieux : la racine germanique du mot, qu’on retrouve en vieux norrois ou en vieil anglais est « werk » et désigne aussi, au départ, non un simple « travail » au sens de « activité », « action », mais bien de la peine, de la douleur. C’est seulement plus tard dans l’évolution des langues que le sens a glissé vers la signification actuelle de « travail ».

Que les anciens voulaient-ils nous dire par là ? Que tout changement d’état nécessite une tension ? On ne le saura pas parce qu’on ne peut pas leur demander.
Mais, pour nos vies d’aujourd’hui, une chose est sure pour moi : tout « travail » (au sens moderne) que l’on entreprend dans la pression devient un travail (au sens ancien). Et c’est bien cela qui nous vide de notre énergie : pas l’activité que nous sommes en train de faire, mais l’état d’esprit avec lequel nous la faisons.

Quand nous sommes guidés de près ou de loin par une peur (peur de ne pas y arriver, peur de manquer d’argent, peur de ne pas être assez bien, peur d’être jugé…) il y a une pression énorme sur le résultat. Nous nous durcissons, nous nous contractons instantanément. Et au lieu de simplement « faire », nous forçons.

Mon meilleur ami, féru de culture chinoise m’a dit un jour « c’est drôle, en chinois, agir sans forcer, ça s’écrit agir sans agir ». Et il m’a montré les idéogrammes correspondants. Vous pouvez le voir : le premier idéogramme traduit l’idée d’agir, le deuxième est le privatif qui porte le sens de « sans » et le troisième idéogramme est identique au premier. En chinois, une action « non forcée » est une action où on n’agit pas !!!

J’ai trouvé cette idée révolutionnaire, et j’y ai beaucoup réfléchi. Je me suis surtout beaucoup observée. Chaque fois que c’était mon mental qui me dictait une action, je remarquais que je me fatiguais beaucoup et rapidement, et que réaliser cette action m’induisait énormément de pensées qui utilisaient ma « bande passante cérébrale » et devenaient très vite un brouhaha nocif : une pensée de stress en entraînait une autre, qui m’amenait à me poser une autre question, et… je voyais bien que je voulais tout contrôler, et que tout échappait à mon contrôle, et à ce stade, je baignais déjà dans la peur, et il était trop tard pour faire marche arrière, et je me retrouvais à devoir « ventiler » toute cette peur « à la main », par des respirations, une pause, ou en m’obligeant à ne plus penser. Quelle perte de sérénité !

Alors que quand mes actions viennent de mon inspiration (une partie de nous qui n’est pas mentale, on le reconnaît à la manière dont on se sent quand on y est centrés), je reste dans le présent, ma pensée est détendue et il n’y a pas de « jacassement » intérieur. Mon corps, lui aussi, est souple, détendu, et le reste. Tout le contraire de ce qui se passe quand je me centre dans le mental.

Là, notre énergie coule naturellement, comme d’un verre qui déborde, et on « agit sans agir » : pas besoin de savoir tomber, la gravité s’en charge pour vous. Quand on « travaille » ainsi, en fait, on ne travaille pas. On est. Il n’y a pas de pression.
Toute pression, reconnaissable à la qualité et à la quantité de vos pensées (si ça foisonne, c’est une alerte !) et à la souplesse/contraction de votre corps, est le signe que nous envisageons ce que nous faisons d’une mauvaise façon, c’est à dire avec peur.

Cette observation est un excellent moyen de conscientiser nos croyances négatives et nos peurs. Par exemple, moi, j’avais ce qu’on appelle un schéma négatif qui voulait qu’à mes yeux, j’étais condamnée à l’échec, comme par une malédiction… qui n’existait que dans ma tête, je vous le dis tout de suite ! La « poisse » n’existe pas. En tout cas, elle ne se manifeste que quand nous la créons au-dedans de nous, par notre vision négative. Et pour échapper à la poisse, nous… « travaillons ». Au sens latin du terme. Ce qui est exactement l’opposé de ce qui est susceptible de nous aider. Il faudrait se détendre. Il faudrait faire « pause ». Respirer, se connecter à n’importe quoi de plus fort que la peur. Et le refaire, et le refaire, à chaque fois que nous agissons en forçant.

C’est un ami d’escrime (professeur de mathématiques dans la vie) qui m’a un jour dit « la pression, c’est jamais bon ». En escrime, on le sent tout de suite, ne serait-ce que parce que notre dos est un paquet de noeuds après une séance où on a forcé. Mais aussi parce qu’une escrime raide est inefficace.
Eh bien, dans la vie, c’est pareil : la fluidité apporte les résultats merveilleux que nous souhaitons. Moins on agit, plus ça fleurit.