Body-shaming

IMG_3386[1]Aussi loin que je me souvienne, ma bagarre avec mon corps a commencé au CP. Ça fait jeune, non ?
Déjà, à sept ans, j’ai commencé à comprendre que mon visage, ma coupe de cheveux (c’était les années 90, donc je vous explique pas le bazar), mon poids… pouvaient m’attirer des ennuis.

Déjà, à cette époque, je faisais attention aux vêtements que je mettais. Mon truc, c’était de bien veiller à ressembler à une *fille*. Pourquoi ? Franchement, personne ne le sait, même pas moi. Je refusais de porter des pantalons (j’acceptais les caleçons moulants de l’époque) et je refusais de couper mes cheveux plus courts qu’à l’épaule.
Et déjà, à la cour de récré, il y avait des insultes et des jeux malsains, genre les garçons qui soulèvent les jupes des filles pour se moquer de leur culotte.

Je ne le savais pas encore, mais j’étais en train de m’auto-saboter

Ce matin, tout ça est tombé en paquet alors que je prenais ma douche, et que je regardais mes bras et mes jambes courbaturés par le sport, en les trouvant plutôt jolis.
Aujourd’hui, pour la première fois de ma vie, j’ai réalisé qu’un beau corps c’est uniquement un corps dont on est fier et où on se sent bien.
Et toujours pour la première fois j’ai compris que peu importe combien mon corps correspondait aux standards en vigueur, si je ne le trouvais pas beau « de l’intérieur », jamais je ne le « porterai » avec grâce et aisance « à l’extérieur ».
Et pour finir, pour la première fois de ma vie, je me suit dit : « Ça ne me dérangerait pas que quelqu’un me voie, là tout de suite, pas épilée, les cheveux pleins de shampooing, et avec mes yeux pas alignés du matin. Je me sens jolie, donc c’est pas un souci. »

Et là, PAF. J’ai reculé d’un mètre mentalement, et j’ai réalisé « Qu’est-ce qui a changé, physiquement, depuis la période où je me trouvais pas belle ? » (????????)
La réponse a claqué en l’air comme un feu d’artifice de 14 juillet : rien.
Strictement rien.
Je n’avais pas minci, je n’étais pas plus musclée, j’avais toujours des bleus sur les jambes (l’escrime <3), j’avais toujours des poils, alors quoi ?
C’est mon regard sur moi-même qui avait changé.

Ce n’est pas la faute des autres

D’un coup, j’ai compris (avec un certain sentiment de triomphe, tel le Thor de Marvel volant le poing en avant propulsé par Mjollnir) que ce qui m’avait freinée, plombée, rendue honteuse pendant quelque chose comme 24 ans de vie… ce n’était pas la faute des autres.

Bien entendu, je m’étais sentie blessée, re-blessée et rere-blessée au collège, au lycée, même un peu à la fac, par des insanités que des gens avaient pu me dire : « vilaine », « mocheté », « grosse », « boutonneuse », « fil barbelé sur les dents » (l’appareil dentaire…) Mais… ça n’aurait eu aucune prise sur moi si je n’avais pas eu, DE BASE, la « corde sensible ».

Comme je suis coach, je me suis repassée en vitesse (mode « magnétophone ») mes connaissance sur ces fameuses cordes sensibles. Je vous explique :
C’est comme si nous avions une propension à fabriquer des croyances et des peurs dans certains domaines. Quand nous sommes petits, cette « propension » n’est qu’une potentialité, un tas de pâte à modeler sans forme. Si nous rencontrons certains évènements, comme des insultes sur notre physique, cette pâte à modeler va prendre forme et devenir des croyances et des peurs.
Par exemple, moi, en voyant énormément de femmes blondes et de femmes qui font plutôt du bonnet C ou D que A dans les magazines, dès toute petite, j’ai intégré qu’il valait mieux être blonde, et avoir une grande taille de seins.
Ma meilleure copine de l’école était blonde, mince et aux yeux bleus, elle avait beaucoup d’amoureux. J’étais brune, yeux marrons, plus enveloppée et sans amoureux… j’ai donc fabriqué une croyance comme quoi « brune » est moins bien que « blonde » et que « ronde » est moins bien que « mince ».

Une vraie usine à croyances toxiques

Et ainsi de suite. Et ce, pendant toute une vie. Et nos croyances et nos peurs s’empilent, s’entassent, se renforcent les unes les autres, au fur et à mesure des évènements que nous vivons et d’où nous tirons des « leçons » qui sont en fait des saboteurs.

Mais comment expliquer que j’avais auprès des moi des gens gros, des gens à appareils dentaires, des gens à coupes de cheveux pas du tout à la mode qui le vivaient bien ?
Et qui ne s’attiraient pas autant d’insultes que moi parce que les gens voyaient bien que c’était pas la peine ?
La différence, c’est qu’ils n’avaient PAS la corde sensible « body shaming ». Eux, ils n’étaient pas nés avec cette « propension » à se fabriquer des croyances et des peurs dans ce domaine.

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Moi, de mon côté, dès toute petite, j’avais été (hyper)sensible à toute forme de remarque, de commentaire, de critique ou d’insulte. Même les corrections données par les profs à l’école me mettaient mal à l’aise, alors qu’ils étaient là pour ça !

Mon réflexe -et c’est la pire décision que j’ai prise de ma vie- a donc été de me contrôler pour être parfaite en tout point afin que plus personne ne touche jamais à ma corde sensible.
J’ai cherché à être excellente à l’école, bien habillée, parfaite en tout, et… « belle ».

ERREUR FATALE ! Plus je cherchais à me contrôler, plus je me créais un stress immense et plus je faisais du mal à mon corps et l’épilant à lui égratigner la peau, en lui mettant des lotions agressives, en m’obligeant à monter les escaliers en courant alors que j’étais déjà à plat… pour me faire brûler des calories.

Et bien entendu, je blâmais les autres. Je blâmais la pub, je blâmais les magazines, je blâmais les garçons, et je blâmais les filles plus « belles » que moi.
Et c’est seulement ce matin, dans ma douche, que j’ai réalisé ceci :
– oui, le body-shaming est une imbécilité, et n’est pas acceptable
– oui les médias véhiculent une image standardisée de ce qu’est un corps
– oui, nous-même nous colportons ces idées malsaines en n’arrêtant pas de dire « je devrais manger moins, faire plus de sport » devant nos ami(e)s, nos petites soeurs et… tout le monde !
– … MAIS la « corde sensible », c’est quand même moi qui l’avais. C’est quand même moi qui, dès sept ans, ai décidé que ces standards physiques étaient pertinents. C’est moi qui ai fait du mal à mon corps et surtout à ma personne toute entière en entretenant ces croyances.
J’étais responsable de cette gigantesque CAGADE.

Je vous arrête tout de suite, je ne veux pas dire « responsable » au sens de « fautive ». Aaaaabsolument pas. Quand j’utilise le mot « responsable », ça veut dire « je suis la seule à y pouvoir quelque chose ». Parce que je suis la seule à pouvoir décider, en mon âme et conscience, que désormais, je ne suis plus sous la houlette de ces croyances, qu’elles sont générées depuis Homo Erectus par des procesus sociaux qui commencent à bien faire ! (Nanmého  !) et qu’on est au XXIième siècle et que ça suffit !

Cette fois, JE mets fin à la spirale

En somme, il n’y a que moi qui peux « réaccorder » ma corde sensible pour qu’elle joue juste. Car je me suis posée la question : et si le body-shaming s’arrêtait autour de moi, est-ce que ma corde sensible se réparerait toute seule ?
Non. Elle a besoin de moi. Elle a besoin que MOI, j’arrête de me body-shamer.

IMG_3393Eh bien voilà, je suis devant mon ordinateur, et comme première pierre à l’édifice, j’ai décidé de prendre une photo de mon ventre, car je lui ai créé de la honte pendant sacrément longtemps.
Mais maintenant, c’est fini. A la place, je vais faire tout ce que je peux pour l’aimer.