Body positive : le jour où tout a basculé

Aimer mon corps, ça a été compliqué jusqu’à il y a peu… mais ça, c’était avant.

Au fond, je suis une guerrière

Qu’est-ce qui s’est passé le lundi 20 décembre pour que soudainement, tout change ?
Est-ce que j’ai perdu des kilos ? Non, pas le moindre.
Est-ce que j’avais changé quelque chose à mon corps ? Non.
Alors par quel miracle, ce lundi fatidique, dans la glace de la salle de bains de mes parents, je me suis regardée avec étonnement, en me trouvant… belle ?

Cela fait longtemps que je travaille sur l’acceptation de mon corps. Je suis plutôt petite (1.65m), et j’ai toujours trouvé que mes cuisses et mes hanches étaient trop grosses. Il se trouve que j’ai de gros muscles à ces endroits, qui donnent un volume qui pourrait passer pour simplement de la graisse, et que, comme toutes les femmes ou presque, j’ai des vergetures et de la cellulite. Rien de « dramatique », mais ça a toujours été un point de crispation, par peur d’être jugée, et repoussée, rejetée, ou moquée.

S’aimer ou pas, avoir peur de la réaction des autres, ce n’est pas véritablement lié à notre apparence. Sinon, des femmes anorexiques ne pourraient pas se trouver grosses.
C’est lié avant tout à notre mental. Ce gros relou qui nous pirate et qui nous empêche de voir les choses avec un oeil détendu, un regard valorisant. Il suffit d’une phrase assassine quand on est petite pour creuser une cicatrice émotionnelle… et PAF, on est parti pour vingt ans de complexes.

Ce qui péchait, chez moi, c’était véritablement ça : la confiance en moi. Quelque part, j’ai toujours cru (et c’est le maître mot : croire quelque chose, c’est lui permettre de définir notre réalité), que c’étaient les autres qui décidaient si j’étais valable ou pas, si j’avais le droit d’exister ou pas. Comme s’il y avait un examen d’entrée du droit de vivre en étant soi-même. Or, concernant le corps, c’est un peu la catastrophe : c’est qui, les « autres » ?

C’est… la télé. Les magazines. Les phrases malencontreuses de votre mère qui vous conseille de ne pas reprendre de glace. C’est Tata Huguette qui nous pince les joues comme la tante Pétunia à Dudley Dursley, et qui nous dit qu’on ressemble à une brioche. C’est les moqueries subies par la grosse fille de la classe de CM2… Si on a des fragilités intérieures, tout ça, ça rentre comme dans du beurre. Parce qu’on le laisse rentrer.
Bien sûr, ce n’est pas de notre faute : on a dix ans, on essaye d’être acceptée, on croit qu’on doit écouter toutes ces conneries, qu’il n’y a pas le choix. (Parce que oui, appelons-les par leur nom, c’est des conneries). Et après, la boite de Pandore est ouverte, quand le couteau est dans la plaie, il va remuer.

Jusqu’à ce qu’on l’en retire, et qu’on décide de s’occuper de la plaie. Et je vous le dis tout de suite, c’est pas évident, et ça pique. D’abord, il faut refuser que ce soient les autres qui vont décider si vous êtes beau ou pas, si vous « méritez » d’être aimée ou pas. Et déjà, s’affranchir de cette tutelle, c’est un gros travail.
Ensuite, il faut reconnaître notre blessure et s’avouer qu’au fond, quand on laisse les autres nous juger, c’est parce qu’on se juge soi-même. Et se rebeller contre soi-même, c’est une sacrée paire de manches. Je l’ai compris peu à peu. Mais il y a bel et bien eu un déclic lundi dernier. Au moment où j’ai réalisé que c’était moi et moi seule qui décidais. Que personne n’avait le droit de m’interdire d’exister telle que j’étais, y compris moi-même. Car quand on se juge, c’est exactement comme si on était son propre ennemi.

Moi, quand je décide que plus personne n’a le droit de me juger

Clic. La dernière pièce du puzzle s’est emboîtée.
Et ce beau matin de novembre, rien n’avait changé (dans mon corps) mais tout était différent (dans ma tête). Ces cuisses que je trouvais trop grosses depuis facilement le CE1, d’un coup, elles me semblaient musclées, donc puissantes, avec une belle forme. D’un coup, j’avais envie d’aller à l’escrime en short, pour les montrer, pour pouvoir dire « Vous avez vu ces cuisses ? Elles sont monstre stylées ! Dorénavant, elles font partie de moi, et elles sont là pour rester ! »

La réaction qu’on redoute chez les autres, en fait, on la redoute chez soi-même. Il faut arrêter, jusqu’à notre noyau, jusqu’à notre coeur, de croire que la mode, les médecins, les amants et les copines ont le droit de nous juger : jamais. Ils ont droit de nous trouver à leur goût ou non, d’aimer ou pas, mais pas de juger. Et c’est complètement différent.
Depuis que cette petite pièce de puzzle a fait « clic », ma vie est totalement différente. Je suis plus affirmée, sur tout. Car ce n’est pas vraiment un problème de corps, n’est-ce pas ? C’est un problème plus global que ça. Je m’excuse beaucoup moins qu’avant, je prends ma place. Et des petits signes « imperceptibles » vont venus par dizaines me valider que j’avais eu raison. Les amis qui me valorisent plus. Les gens qui m’écoutent mieux. Un meilleur respect… quand vous changez, tout change.

Votre corps, c’est ce qui vous rend vivante dans le monde. C’est votre vaisseau. Commencer par l’aimer lui, c’est peu à peu s’aimer toute entière, avec nos défauts et non pas en dépit d’eux.
Commencez, vous allez voir, vous allez adorer vous aimer.