Aimons ce corps que nous ne voulons pas voir

Je ne suis pas une experte de la relation au corps. Loin de là. Ce n’est pas un domaine de ma vie où je suis à l’aise. La bonne nouvelle, c’est que la manière de guérir sa relation au corps est strictement la même que la manière de guérir n’importe quoi.

Moi, mon corps, mon épée et les jolis dessins faits par mon ami Léo

Ces derniers temps, il est devenu évident que je devais m’occuper de ma relation avec mon corps. L’Univers m’a envoyé un certain nombre de signes et de coïncidences très très clairs qui me disaient « lâche ce fardeau que tu te traînes depuis… toujours. »

Nous savons tous que « la société » ou « les médias » ou « l’éducation » sont des couteaux dans nos plaies. Il est presque inutile de le rappeler. Pour moi, déjà à l’école primaire, entre petites filles de 8-9 ans, il était clair qu’il ne fallait pas être grosse. C’était considéré comme une tare, qui donnait le droit à tout le monde de moquer ceux (mais surtout celles) qui l’étaient.
8 ans, c’est jeune. C’est un âge où on n’a absolument aucun recul sur les idées dans lesquelles on baigne, et moi, je baignais dans une culture de classe et de cour de récré où l’idéal féminin était « blonde, aux yeux bleus et mince ». Ma meilleure amie, Gaëlle, était comme ça. Et pour moi, c’était un drame d’être brune, aux yeux bruns, et plus enveloppée que la moyenne. Je pensais tout simplement ne jamais pouvoir être aimée ni trouvée belle. Pour moi, c’était définitif et inéluctable. Je demandais à ma mère de m’acheter du shampoing à la camomille en espérant blondir, et je refusais de porter des pantalons larges, parce que selon moi, ça faisait « grosse ».

Une des choses les plus mal comprises, dans le rapport au corps, c’est qu’une fois que des idées toxiques ont été intériorisées, l’opinion favorable des autres ne suffit pas forcément à « redresser la barre. » Dire à quelqu’un « mais non, tu te fais des idées, tu es beau » a même des chances d’être difficile pour lui, car il peut avoir l’impression que l’on nie son mal-être, qu’on le raye d’un trait de plus comme étant « non valide ».
Je me trouvais grosse, catastrophiquement. Je ne l’étais pas, selon les normes médicales. J’avais un surpoids léger. Aujourd’hui encore, bien que je sois dans la courbe d’indice de masse corporelle idéal, je me perçois toujours comme grosse. Mon compagnon aime mon corps. Mes amis me perçoivent comme mince, et certaines amies, même, comme menue. Est-ce que cela change le regard que j’ai sur moi ? Non, pas du tout. En surface, certains jours, mais pas en profondeur.

C’est terrible, d’une certaine manière : le jugement d’autrui, quand il est intériorisé très jeune, et comme un éclat d’obus derrière une plaie… refermée.
Je mets des jupes. Je fais des arts martiaux historiques européens en legging moulant. Je peux tout à fait me doucher dans des douches collectives de gymnase. Je ne suis plus pétrifiée. Mais est-ce que je suis à l’aise ? Non.

Les croyances sur ce que le corps doit être, je les ai construites moi-même, comme un édifice branlant, mal conçu, plein de fissures et très laid. En devenant adulte, j’en ai construit un autre, plus sain, à côté du premier (c’est lui qui me permet de faire un sport martial où notre corps est sans cesse touché, lors des entrées en lutte). Mais l’ancien existe toujours, il n’a pas été démoli et continue de m’influencer de manière subtile.

Aude, 43 ans

Il nous arrive, au club d’escrime, de nous changer dans un coin du gymnase, pour aller plus vite, hommes et femmes mélangés parce que « tout le monde s’en fout ». En général, je n’ose pas. Pas parce que j’ai peur que le regard des autres s’impose à moi, mais parce que j’ai peur d’imposer mon corps, de déranger les autres en n’étant pas assez belle pour avoir le droit le montrer. La simple idée que les autres puissent penser que je suis laide (sans même me le dire) m’est encore très, très, très difficile. Il m’est même arrivé de complexer en comparant mon corps à celui de mes camarades escrimeurs hommes. Parce qu’ils étaient athlétiques. Autant vouloir comparer des choux et des carottes. Mais c’était comme si je n’avais tout simplement pas le droit d’exister dans ce corps-ci, alors qu’aujourd’hui, j’ai des centaines de preuves que… TOUT LE MONDE S’EN FOUT. J’ai même, dans un coin de ma tête, une croyance terriblement anti-sensualité qui veut que « seuls les gens beaux ont le droit de faire l’amour ». Incroyable, non ?

Nous avons une collection de réflexes idiots qui nous ont été transmis par notre entourage, et que nous transmettons à notre tour, comme une maladie contagieuse :

  • Dire à un enfant (ou à un adulte, si on va par là…), critiqué à l’école à cause de son poids qu’on va l’aider à faire un régime pour « résoudre le problème ». Cela renforce encore plus le problème puisque l’on valide l’idée même qu’il y a des corps acceptables, et d’autres non. Grandir en se disant que l’on doit être quelque chose de normé selon des critères est une des violences les plus fortes qu’on peut faire à quelqu’un.
  • Dire des phrases faussement rassurantes, comme « non, toi ça va, tu es suffisamment mince, par contre, XX, lui, il est vraiment gros ». Là encore, on ne fait qu’empirer les choses puisque l’on suggère que si d’aventure il y avait une prise de poids, on basculerait dans la case « inacceptable ».
  • Proposer des vêtements pour cacher le corps ou pour le rendre plus esthétique en le « décorant ». La phrase typique est « je suis moche, mais je suis soigné(e) ». Très bien, mais… Le jour où on sera vu en jogging et sans maquillage, on va s’effondrer ?

Gwen, 32 ans

Le problème n’est pas la forme de notre corps ! Le problème est que nous avons créé une société qui décide de ce qui est beau ou laid, et si, par le hasard de la génétique, on n’a pas les bonnes caractéristiques… Crac, c’est foutu.
Les critères de beauté sont fluctuants et dépendent de la culture ! Les statues grecques masculines étaient sculptées avec un très petit pénis, pour différencier les grecs « supérieurs » des barbares, qui eux, étaient représentés avec un phallus nettement plus grand.
Les femmes dénudées, sur les enluminures du XIIIième siècle, sont représentées majoritairement avec des seins pendants… et hop, deux cent ans plus tard (effet de mode ?) toutes les femmes des enluminures ont des seins hauts et ronds comme des pommes.

Bref : les normes physiques n’ont aucun sens en soi. Un corps « beau » ou « laid » n’existe pas dans l’absolu. Certaines caractéristiques ont été encouragées à certaines époques parce qu’elles étaient utiles ou qu’elles symbolisaient quelque chose. Par exemple, la musculature masculine était valorisée chez les grecs et les romains, parce que c’étaient des sociétés martiales où la guerre avait une grande importance. Et les « belles » femmes du XVIIième siècle européen devaient être plutôt grasses et avoir la peau blanche, signe qu’elles n’avaient pas à travailler aux champs, comme les pauvres paysannes, et qu’elles étaient assez riches pour se nourrir de viande et de pâtisserie.

Bref : le « beau » n’existe que là où on décide de le voir. C’est là qu’est la solution.
Toutes les personnes avec qui j’ai discuté de cette problématique me l’ont confirmé : un beau corps, c’est un corps « habité » par quelqu’un qui s’y sent bien. La forme en elle-même n’a aucune importance. Les personnes qui sont à l’aise ont une démarche souple, puissante, équilibrée, et des mouvements harmonieux. Leur contenance est pleine d’assurance, d’aisance, de détente. On les trouve beaux parce qu’ils émanent quelque chose de sain, de libre, de fort et de doux.

Bien sûr, il y a autour de nous des personnes qui vivent encore selon des critères rigides de poids, de forme de corps, de hauteur de stature. Et oui, il est possible qu’ils nous jugent, et même qu’ils se permettent de nous le faire savoir. Mais il est de notre ressort individuel de changer notre manière de voir nos corps, pour que peu à peu, la société change. Et surtout, surtout, quand on aime son corps et qu’on est véritablement à l’aise, les critiques des autres n’ont plus aucune prise sur nous. « Haters will hate, I don’t give a damn » :)

Alors, comment on fait, pour guérir ?
Eh bien… comme je le disais, le rapport au corps se guérit de la même manière que toute partie de notre psyché. Donc..
★ La première étape est toujours, toujours, de devenir conscients du problème. Hier encore, je n’avais pas réalisé l’étendue tentaculaire de ma croyance en ma « laideur » créée au collège. Une fois qu’on a réalisé les choses, elles ne peuvent plus nous manipuler dans l’ombre, car nous savons qui elles sont. Imaginez vous comme des gangsters de Chicago qui diraient à votre croyance « on sait où t’habites ». ;)
★ La deuxième étape est de remettre en cause les croyances, de vous apercevoir qu’elles n’ont pas à perdurer. NB : vous n’avez pas besoin de lutter avec vous-même à coups d’arguments. Certaines de nos croyances sont très « convaincantes » et un débat de « raison » n’en viendra pas à bout. Il n’est absolument pas nécessaire de « contrer » vos idées, juste de savoir qu’elles sont toxiques et vous tirent vers le bas. Il n’est pas pertinent de savoir si quelque chose est « vrai » au sens de « avéré » ou « exact », c’est même cela qui risque de vous maintenir dans l’ornière. Une chose toxique se jette sans aucune justification. Vous êtes le maître de votre domaine intérieur. Vous avez créé vos croyances, vous avez tout pouvoir de les dé-créer et vous êtes seul décisionnaire.
★ Dès l’instant où vous avez décidé que vos croyances étaient toxiques et que vous n’en vouliez plus… vos corps énergétiques vont commencer à les « biodégrader ». Des souvenirs pénibles peuvent remonter, des émotions peuvent faire surface, et il est fréquent d’être « hypersensible » pendant ce processus. Passez du temps dans des environnements cléments et entourés uniquement de personnes positives et supportives.
★ Et… c’est tout. FOUTEZ-VOUS LA PAIX. Ne cherchez pas à « travailler fort » et à vous triturer. Le processus se fait tout seul dès l’instant fugace de l’étape 2 où vous avez démasqué votre croyance comme étant ce qu’elle est : un poison qui n’a aucune réalité à part celle que vous lui avez accordé dans le passé. Donc ne vous inquiétez pas, la guérison va se faire. Si elle ne se fait pas, c’est juste que la conscientisation n’est pas complète, ou que d’autres choses attendent encore d’être conscientisées.

Aimez votre corps ! Il n’est absolument pas coupable du fait que nous ayons mal vécu le rejet ou la critique : la cause en était dans notre mental, car nous avions intériorisé des idées erronées.
Soyez libre, soyez magnifique, soyez VOUS !